top of page

Les aventures de l'Écriture et de ses traditionnels Compagnons, les Charbons, les Encres, les Craies, les Mines et les Peintures

​

L’Encre : « Je voudrais m’excuser pour toutes les fois où je t’ai recouvert de tâches, cher Papier. »

​

Le Papier : « Tes traits, les ratures et ces lignes interminables!  L’Écriture est l'ultime responsable de mes tourments. Si vous me lynchez en public, demandez donc pardon ensemble ! »

​

L’Écriture : « Qu’en puis-je, franchement ? Je ne me suis jamais appliquée toute seule que je sache... »

​

Le Papier : « Non, mais tu aurais pu choisir d’autres supports que Moi. Cela fait des siècles que je te sers de souffre-douleur, alors que la peau de bête, le parchemin, n’a plus reçu un seul trait de ta part depuis des lustres. »

​

L’Encre : «Si tu parles des parchemins, j’avoue qu’ils sont tombés en désuétude. Les hommes te préfèrent, cher Papier. Ils te préfèrent aussi au papyrus. Mais, ce qui n’a pas changé durant ces siècles, c’est que je tombe toujours nez-à-nez avec des peaux d’homme quand ils se tatouent. »

​

Aveugle, avant d’être jetée dans les oubliettes de cette Prison, il aurait tenu du miracle que je retrouve le sens de la vue par le seul fait d'être ici. Pendant que l'Encre et le Papier se disputaient, mon corps payait un tribut exorbitant à ces circuits où rien ne nous était donné pour agrémenter nos existences. Vous pourriez vous demander qui a écrit cette lettre si mes yeux me font défaut? Vous pourriez aussi vous demander quels instruments j'utilisai et mes réponses sont sans équivoque: les humains m'apprirent leurs gestes et l'usage de leur outils. Je ne peux pas contempler mon travail, mais je sais dans quelle direction poser mes traits et sur quelles touches appuyer pour délivrer un message. Il me fallut quelques années pour utiliser un crayon, mais un an seulement  me suffit pour utiliser un clavier. Depuis le premier jour de mon incarcération, les geôliers m'imposèrent une combinaison terne et impersonnelle, identique en tous points à celles de mes codétenus. Selon eux, nous n’avons rien à nous reprocher, mais l'ordre venait d'en haut de nous maintenir en captivité pour que les êtres-humains se constituent une Mémoire. Leur point de repère était l'Écran de l'Ordinateur tandis que pour Nous, prisonniers, seule l'obscurité de ces circuits électroniques nous servirait de boussole. Aux rares visiteurs qui jettent encore un regard en notre direction, je leur demande: que regardez-vous ? Mon être ou mon impersonnelle combinaison  ? Cher Amis, quand les geôliers nous intiment de défiler et de ramper devant ces visiteurs, alors là, nous savons que l'Encre et le Papier nous ont abandonnés pour de bon.

​
 

 

Screenshot 2026-10-05 at 22-08-33 Utilisez correctement votre smartphone.pdf.png
Envie de réagir, de médire ou d'applaudir? 0479 59 59 79 ou tkaiss@proton.me 
bottom of page